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Riadh Sidaoui
1.Journaliste, Écrivain et Traducteur. 2.Diplômes obtenus: 2.1. Maîtrise en journalisme, IPSI, Tunis 1992. 2.2 D.E.A. en sciences politiques, Tunis 1995. 2.3. D.E.S. en études du développements, Genève, 1997. 2.4. D.E.S. en sciences politiques, Genève, 1998. 3.Plusieurs ouvrages et articles scientifiques publiés en arabe, et deux ouvrages collectifs en anglais. 4. Recherches et colloques.. et souvent je suis invité par des chaînes de télévisions et de radios arabes... et j'ai publié plusieurs articles d'opinions notamment chez des journaux basés à Londres comme Alhayat, Azzaman, Alquds Alarabi 5. Spécialiste du monde arabe, notamment de l'Algérie, des mouvements islamistes et des dictatures/Démocratisations dans la même région.. 6. De tendance laïque et progressiste...Je suis partisan de la démocratisation du monde arabe et de l'émancipation de la femme musulmane...
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Le Temps (Suisse), numéro 1093 du Mardi 16 octobre 2001


Les islamistes et les sciences exactes

Riadh Sidaoui, journaliste et écrivain tunisien basé à Genève, fait remarquer qu'un grand nombre de militants islamistes fanatiques sont diplômés dans les sciences dites exactes où deux plus deux font toujours quatre.

Les attentats terroristes contre Washington et New York sont commis par des jeunes ayant effectué des études en sciences exactes et non pas en histoire, philosophie ou sociologie. Le phénomène n'est pas nouveau, il est observé depuis longtemps. Malgré l'absence d'une étude globale sur l'origine professionnelle de l'équipe dirigeante des mouvements islamistes dans le monde arabe, nous pouvons remarquer une domination quasi totale des métiers scientifiques. Il semble que le nombre d'ingénieurs, de médecins, de physiciens, etc., qui agissent au nom de l'islamisme, soit considérable. Cette thèse est confirmée par le grand succès des islamistes aux élections des Conseils scientifiques dans les facultés des sciences exactes. Ce même succès devient difficile sinon impossible dans les facultés des lettres et des sciences sociales. Nombreux sont les chercheurs qui ont aussi constaté le phénomène.
Le philosophe marocain Mohamed Abed Al-Jabiri l'explique par le système éducatif dans le monde arabe en général. Il constate que «le type d'enseignement dominant aujourd'hui dans le monde arabe est soit un enseignement technologique coupé de toute réflexion sur le sens, qui forge des esprits fonctionnant d'une manière machinale et dogmatique, soit un enseignement mythifiant, reposant sur le «bourrage de crâne» et qui forge des esprits figés. Ces deux types d'enseignement ont pour dénominateur commun l'absence du questionnement critique: la question du pourquoi et du comment n'est jamais posée.»
Il accuse «l'esprit technologique» de recevoir les idées islamistes sans une réflexion critique qui pourrait limiter la croyance aveugle. En fait, il s'agit d'un esprit habitué à apprendre des formules justes et indiscutables, «prêt à recevoir les «croyances» toutes faites avec la même facilité et la même automaticité qu'il reçoit les lois scientifiques. C'est pourquoi il n'est guère étonnant de constater que les instituts et les facultés de sciences représentent l'un des milieux les plus propices au recrutement extrémiste.»
Bruno Etienne fait remarquer que les témoignages selon lesquels les islamistes suivent la formule «PhD +barbe = jeunes dynamiques diplômés» sont nombreux. Il constate que l'islamisme est un «produit de la scolarisation massive» et ajoute que les islamistes «représentent un large éventail de catégories socioprofessionnelles, et de plus leurs chefs se recrutent de plus en plus dans les milieux scientifiques». Cette observation est aussi le résultat des travaux de Gilles Kepel sur l'Egypte et d'Olivier Roy sur l'Afghanistan. Elle est toujours valable dans le cas de la Tunisie. Le politologue A. Zghal l'explique comme suit: «Le plus déroutant, pour les intellectuels positivistes et néo-positivistes, est que le fer de lance de ce mouvement de retour au sacré dans le monde musulman n'est pas formé comme on pouvait le croire par des étudiants des facultés de théologie menacés par le chômage, mais par des étudiants des facultés de science (mathématiques, physique, chimie) et des instituts de technologie.»
La même observation s'applique au cas algérien. La scolarisation massive, dès l'indépendance, a abouti à l'émergence d'une catégorie socioprofessionnelle souvent scientifique qui s'est trouvée écartée du centre de décision. C'est la nouvelle génération qui se heurte à la nature monopolisatrice du pouvoir militaire algérien. Ce pouvoir, qui représente la vieille génération historique ayant participé à la guerre de libération, a monopolisé les postes de commandement du pays en écartant et en marginalisant la nouvelle génération. La première génération s'autolégitime par son rôle historique dans la révolution, alors que la deuxième, consciente de la contradiction entre la compétence scientifique acquise et l'éloignement des décisions, conteste à travers la voie oppositionnelle et prend la forme de l'islamisme militant. Même au sein de la mouvance islamiste, cette nouvelle génération est méprisée par l'ancienne. Mahfoud Nahnah, à titre d'exemple, contesta la fondation du FIS et manifesta son hostilité en déclarant: «Un parti islamiste doit être dirigé par une élite de savants religieux et non par des «gosses».

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